Approchez…
Et tournez doucement ma petite manivelle.
Sur mon dos, le temps a presque effacé mon nom.
Mais quelques mots résistent encore :
« Pâques Fleuries…
Numéro trois cent quatre-vingt-trois…
Couplet. »
C’est ainsi que l’on reconnaissait ma mélodie.
Elle venait probablement d’un spectacle créé à Paris en 1879. Une musique nouvelle, légère, que l’on entendait dans les théâtres et que l’on fredonnait peut-être en rentrant chez soi.
Puis quelqu’un l’a enfermée en moi.
Note après note.
Sur un minuscule cylindre.
Je suis une boîte à musique à manivelle, fabriquée vers la fin du XIXᵉ siècle.
Je n’ai ni ressort à remonter, ni électricité.
Pour me faire chanter, il faut une main.
La vôtre.
Sous ma robe verte et mon bouquet de fleurs, mes petites lames d’acier attendent patiemment que le cylindre se mette à tourner.
Alors la mélodie revient.
Un peu fragile.
Un peu hésitante.
Mais toujours vivante.
Les voix qui chantaient autrefois « Pâques Fleuries » se sont tues depuis longtemps.
Moi, j’en ai conservé quelques mesures.
Je ne connais plus le nom de mon premier propriétaire.
Je ne sais pas dans quelle maison j’ai joué, ni combien de mains ont tourné ma manivelle avant la vôtre.
Mais après plus d’un siècle, je me souviens encore de mon couplet.
Alors allez-y…
Tournez doucement.
Et écoutez :
le printemps de 1879 n’est peut-être pas tout à fait terminé.
Come closer…
And gently turn my little handle.
On my back, time has almost erased my name.
Yet a few words remain:
“Pâques Fleuries…
Number three hundred and eighty-three…
Couplet.”
That is how my melody was once identified.
It probably came from a theatrical work first performed in Paris in 1879. A graceful tune heard in the theatres, then captured inside me, note by note, upon a tiny cylinder.
I am a hand-cranked music box, made towards the end of the nineteenth century.
I need no electricity.
Only a hand.
Yours.
Beneath my green dress and painted flowers, tiny steel teeth wait for the cylinder to turn.
Then the melody returns.
Fragile.
Hesitant.
But still alive.
The voices that once sang “Pâques Fleuries” fell silent long ago.
Yet after more than a century, I still remember their song.
So go ahead…
Turn gently.
And listen:
perhaps the spring of 1879 never truly ended.
